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  • : Je vous souhaite la bienvenue sur mon blog dans lequel je parle de tout ce qui me passionne, m'interpelle comme ces lectures, documentaires qui m'amènent à porter un regard différent sur notre monde. Bonne visite à tous ! Florinette
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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 13:19
A méditer...

Eric Julien :

Lors de notre voyage de retour vers Bogotá, une autre surprise nous attend, mais pas celle que nous imaginions. […] Avant que l’avion décolle, une hôtesse nous avertit que le commandant de bord a ordonné que nos trois amis Kogis soient débarqués : « Car ils n’ont pas de chaussures, et leur aspect ne leur permet pas de rester dans cet avion… » Est-ce que ce sont les hôtesses qui l’ont convaincu ou s’est-il rendu compte que les Kogis ne sont pas seuls ? Il finit par revenir sur sa décision et nous décollons.

Gentil, métis colombien, d’habitude si calme, est dans un état de colère rare. Il veut parler au commandant, lui demander des explications. Impossible. D’ailleurs, dès l’atterrissage, il disparaîtra rapidement. […] Pendant tout le vol du retour, Gentil me parlera comme il parle rarement, avec émotion. Lui, d’habitude si serein, est triste, triste et furieux. Les deux vols jusqu’à Bogotá puis Santa Marta suffiront à peine pour qu’il recouvre son calme.

Dans la Sierra, comme dans de nombreux territoires indiens, les Kogis luttent pour maintenir l’équilibre de la terre par le biais de rituels et de connaissances spécifiques qui permettent aux hommes d’appréhender les règles de la nature, d’apprendre à les connaître et à les respecter. Ils luttent comme ils peuvent pour rester indiens, dans leurs diversités, sur des terres indiennes, supportant en silence les jugements de valeur, les regards condescendants de la société occidentale qui, non contente de les reléguer dans les zones les plus difficiles ou inhospitalières les menace d’éradication, réduisant les derniers survivants à la mendicité et à la dépendance.

Pendant ce temps-là, cette société occidentale, prétendument “civilisée”, au nom du développement, de façon aveugle et inconsciente, travaille à la disparition de la planète. Quelle est cette société occidentale, noyée sous des études, des expertises, saturée de centres de recherches universitaires, d’études ou d’analyses de haut niveau, qui refuse de voir et d’entendre ce qui compose son environnement, qui se contente d’utiliser ce qu’elle y trouve et de le jeter en fonction de ses besoins ? Que lui a apporté l’exploration de l’espace à la recherche de nouvelles formes de vie, sinon l’opportunité de pouvoir les détruire, si tant est qu’elles existent, puisqu’elle ne comprend pas et détruit systématiquement toute vie sur terre, jusqu’à sa propre vie ?

Sachant cela, on peut être sûr que nous ne pourrons pas apporter grand-chose de bon à d’éventuelles formes de vie que nous pourrions découvrir sur d’autres planètes. Quelle est cette société occidentale qui dispose de connaissances, mais qui refuse de reconnaître et de rencontrer les savoirs et les connaissances des communautés indiennes, cette société qui, au nom d’une prétendue “civilisation” ou “développement”, se permet de marquer les autres, les Indiens, de l’étiquette de “sauvages” ou d’“archaïques” ?

Quelle erreur et quel aveuglement, car être sauvage pour les Indiens, ce n’est rien d’autre qu’être libres. L’homme capable d’établir une relation avec son frère l’arbre, avec son frère le fleuve, son frère l’air et toutes les formes de vie qui composent son environnement, qui est à même de comprendre et d’entendre la richesse et la densité du silence est libre. S’ils n’avaient pas à subir la pression et le dénigrement de nos sociétés modernes, les Indiens pourraient sûrement vivre “sauvagement” heureux.

L’homme occidental ne se rend pas compte qu’il est lui-même un sauvage, avec la liberté en moins. La ville n’est rien d’autre qu’une jungle, celle du développement. On y rencontre la contamination, la pollution, le bruit incessant, la violence, on y rencontre aussi le métro, qui ressemble à l’Anaconda sacré de nombreuses communautés indiennes. Dans ces villes, il suffirait de couper l’énergie une heure pour que cela tourne au désastre et au chaos.

Dans ces villes, on trouve des espèces de grottes où vivent et travaillent des hommes des cavernes développés, on rencontre des millions d’esclaves, victimes de leurs propres développements, des esclaves qui ne peuvent faire un pas sans rendre hommage à leur dieu, l’argent. Si c’est ça, l’homme moderne et développé, un esclave, un esclave de lui-même, soumis à l’argent comme l’étaient les esclaves à leur maître, au temps de la traite des Noirs, alors je préfère rester auprès des Kogis un sauvage sous-développé.

Et que dire du cannibalisme ? Jour après jour, dans ses mots, ses comportements, au travail, dans l’entreprise, l’homme moderne est un cannibale. Quel est l’homme qui ne désire pas prendre la place de l’autre, avoir une meilleure position sociale que lui ? Quelle est l’entreprise qui ne rêve pas d’être la première, qui ne souhaite pas acheter ou faire disparaître ses concurrents ? Non seulement, c’est du cannibalisme, mais c’est une forme de cannibalisme impitoyable, vorace, cruel.

Quelle tristesse de voir l’usage que nous faisons de notre intelligence, ces énergies, ces compétences que nous mobilisons pour augmenter nos capacités de destruction ! Le paradoxe est le suivant : alors que les communautés indiennes encore porteuses de savoirs traditionnels luttent gratuitement, de façon désintéressée, pour tenter de sauver ce qui peut l’être de la planète, les sociétés modernes luttent pour sa destruction… Peut-être serait-il temps de regarder un peu en arrière pour que nous puissions nous aussi retrouver notre mémoire ?

À écouter Gentil, nous serions acteurs d’une société primitive devenue folle. Et les derniers hommes, reclus volontaires de notre folie, observeraient notre naufrage. Étrange renversement de perspective qui voudrait que ceux que nous pensons primitifs soient les plus civilisés, et nous qui nous pensons civilisés soyons les vrais sauvages.

Extrait du livre : KOGIS, Le message des derniers hommes, Editions Albin Michel

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commentaires

Daniel 17/11/2014 17:12

Problème complexe ! l'homme occidental n'est pas libre par certains côtés. Il est tellement prisonnier de ses besoins. Mais les indiens sont ils vraiment libres? En tout cas il nous appartient de respecter infiniment ces civilisations en voie de disparition et même de les aider à perdurer leur mode de vie. Mais la modernité broie tout sur son passage. L'évolution, bonne ou mauvaise, est inéluctable. Tout change tout le temps.

Florinette 17/11/2014 18:17

Pas vraiment libre à cause des contraintes que leur impose la société moderne. Ils tentent malgré tout de vivre libres en se choisissant un futur différent que celui imposé par le monde moderne au reste de la planète.

Mais peut-être qu'un jour cette société finira par comprendre que de leur survie dépend notre survie, comme le dit si bien l'ethnologue René Fuerst :
« Si le confort et la sécurité des uns ne peuvent s’obtenir que par la destruction des autres, si la vie des uns signifie forcément la mort des autres, le sursis des derniers hommes libres touche à sa fin. […] Ainsi s’éteindra à jamais une humanité à la fois distincte et semblable, dont nous avions encore beaucoup à apprendre, mais que certains préfèrent laisser mourir au nom d’un développement de plus en plus aléatoire. En anéantissant les cultures indiennes, c’est notre propre tombe que nous sommes en train de creuser. »

Plumes d Anges 17/11/2014 10:25

Une très belle réflexion est à mener à partir de ces indiens. J'ai sur mon étagère, "Voyage dans le monde de Se", je vais le commencer bientôt. Je ne sais plus si je t'avais dit que j'ai une belle-sœur Colombienne, de Bogotta. Elle n'a jamais entendu parler des Kogis et je sens qu'elle n'a pas envie de les connaître, pourtant c'est une fille formidable, pleine d'humanité. Il y a de drôles de paradoxes dans la vie !
Merci Florinette, des bises. brigitte

Florinette 17/11/2014 18:02

L'ouvrage qui t'attend, j'espère pouvoir le lire également, mais en attendant j'ai hâte de connaître ton avis.
Non, je ne savais pas et je trouve cela dommage, car elle a cette chance de vivre non loin de cette communauté qui a tellement de choses à nous (ré)apprendre, nous qui avons perdu cette connaissance approfondie des multiples liens subtils avec nos semblables et notre milieu naturel.
Merci à toi Brigitte et bonne semaine, je t'embrasse

Alex-Mot-à-Mots 15/11/2014 17:51

Merci pour cet extrait et ce très beau message.

Florinette 17/11/2014 18:18

Je t'en prie Alex et bonne semaine !

Courty Claude 15/11/2014 15:10

« Chacun a le souvenir d'un monde qui était meilleur. Moins peuplé. Plus agréable. Où l'on se sentait plus libre. » Alan WEISMAN, Compte à rebours, Flammarion, j
« ..., encore un peu de temps, et tout s'éclaircira, nous verrons enfin apparaître le miracle d'une société animale, une parfaite et définitive fourmilière. » Paul VALÉRY, Pléiade Gallimard, p.1032

Florinette 15/11/2014 15:36

À nous d'en décider autrement, de sortir de ce conditionnement afin de retrouver ces véritables valeurs humaines et spirituelles.

Merci beaucoup Courty Claude pour ces extraits et bon week-end !

Aifelle 15/11/2014 13:55

C'est honteux cette histoire d'avion, je suppose que c'est du racisme pur et simple envers les Indiens ? Quant à leur vision de la vie, je la pense juste. Je m'étonnais ces jours-ci de l'engouement général autour de la Comète qui va nous apporter quoi au juste ? A qui et quand ? Alors qu'il y a tant à faire sur la planète terre, tout de suite, maintenant ..

Florinette 15/11/2014 15:29

Je pense que tout est également une question d'apparence, par leur manière d'être les Kogis incarnent la différence, ce qui n'est pas acceptable dans notre société occidentale où tout doit être normalisé. Et le comble de l'histoire, c'est que, dans la revue de cette compagnie aérienne, se trouve une photo d'une famille Kogi où il y fait mention de leur magnifique culture avec une proposition de séjour pour découvrir cette civilisation incroyable. Alors, sur une plaquette en support de vente, oui on les accepte, dans la réalité, non !

J'ai été très touchée par ce livre dont j'ai extrait beaucoup de passages comme celui-ci, très parlant et très émouvants.

Comme en ce moment tout va mal, il préfère détourner l'attention des gens par cette Comète qui, comme les autres, n'apportera pas grand-chose... et même si elle devait apporter des informations, si ces dernières ne sont pas compatibles avec leur "connaissance", elles ne seront de toute façon pas divulguées !! Alors que l'urgence est effectivement sur notre planète.

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